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Pourquoi le Luxembourg met fin aux avantages fiscaux des couples à revenu unique
La réforme fiscale luxembourgeoise de 2028 est un choix politique délibéré : passer du soutien au modèle du parent au foyer à l'incitation au double revenu. Voici les arguments du gouvernement.
La nouvelle classe d'impôt unique au Luxembourg n'est pas qu'une simplification. C'est un choix politique délibéré : cesser de pénaliser le « deuxième revenu » dans un couple, quitte à ce que les ménages à revenu unique perdent leur avantage fiscal.
Le raisonnement du gouvernement est exposé explicitement dans le projet de loi. Voici ce qui motive réellement cette réforme.
Le problème : le Luxembourg pénalise les seconds revenus
Le diagnostic est clair : le Luxembourg fait partie des pays de l'OCDE où la charge fiscale sur le deuxième revenu du ménage est la plus élevée.
Dans le système actuel d'imposition collective et de splitting, lorsqu'un second partenaire commence à travailler, son salaire s'ajoute au revenu du ménage et est immédiatement imposé à un taux marginal élevé. Le gouvernement considère cela comme « un obstacle objectif » à l'entrée ou au retour sur le marché du travail, en particulier pour un travail à temps partiel ou après une interruption de carrière.
Le projet de loi ne mâche pas ses mots : cette structure fiscale décourage le travail.
La solution : l'imposition individuelle
La solution est l'imposition individuelle. À partir de 2028, chaque conjoint sera imposé sur ses propres revenus, selon un barème unique basé sur l'actuelle classe 1a.
Le changement clé ? Le revenu de votre partenaire n'influencera plus votre taux d'imposition.
Le projet de loi affirme explicitement que « la classe d'impôt unique entraînera une charge fiscale plus faible pour le deuxième revenu d'un couple » et que ce dernier « aura davantage d'incitation à entrer sur le marché du travail ».
Il va plus loin, évoquant un effet macro-économique potentiel : ce changement « pourrait conduire à une augmentation de l'offre de main-d'œuvre féminine ».
Le point de bascule : le seuil de 25 %
L'un des éléments les plus révélateurs du projet de loi est l'identification précise des bénéficiaires.
La réforme est plus favorable pour les couples mariés ou pacsés « si le contribuable ayant le revenu imposable le plus faible contribue à au moins 25 % du revenu total du couple ».
Ce seuil de 25 % est déterminant. Il signifie que la réforme profite principalement aux couples où les deux partenaires perçoivent un revenu significatif. Les ménages aux revenus très inégaux, où l'un des partenaires gagne peu ou rien, continuent de mieux profiter du système actuel de splitting.
Le gouvernement le reconnaît ouvertement. Il ne cherche pas à le dissimuler.
Le compromis : les couples à revenu unique y perdent
Le projet de loi inclut un exemple concret pour illustrer ce que les couples à revenu unique risquent de perdre.
Pour un couple avec un revenu imposable ajusté de 100 000 €, la méthode actuelle de splitting divise ce montant par deux : 50 000 € par conjoint fictif. L'impôt sur 50 000 € en classe 1 s'élève à 7 341 €. Impôt total en classe 2 : 14 682 € (hors contribution au fonds pour l'emploi).
La conclusion du projet de loi est sans équivoque : « Cet avantage fiscal ne peut pas être entièrement compensé par l'application de la nouvelle classe d'impôt unique. »
Autrement dit, le gouvernement accepte explicitement que le modèle fiscal qui favorisait historiquement les couples à revenu unique perdra une partie de son avantage. C'est un choix politique, pas un oubli.
Pourquoi 25 ans ? La transition expliquée
C'est pourquoi le gouvernement propose une période de transition de 25 ans pour les couples déjà mariés ou pacsés.
Le raisonnement repose sur des données concrètes : environ 30 000 ménages à revenu unique au Luxembourg comptent un membre de plus de 50 ans. Pour ces ménages, la capacité d'adaptation économique est limitée : un retour sur le marché du travail après une longue interruption est statistiquement peu probable à ce stade de la vie.
Le projet de loi reconnaît également que ces ménages ont pris des décisions de vie majeures : choix de carrière, planification patrimoniale, organisation familiale, sur la base du revenu net qu'ils pouvaient espérer en classe 2. Un changement brutal bouleverserait des choix irréversibles.
La transition de 25 ans est présentée comme une question de « confiance légitime », le respect des attentes sur lesquelles les gens ont construit leur vie.
Mesures d'accompagnement : ciblées, pas compensatoires
La réforme comprend plusieurs mesures de soutien :
- Abattement petite enfance de 5 400 € par enfant de moins de 3 ans
- Cotisations de pension déductibles pour un conjoint inactif
- Crédit d'impôt monoparental augmenté (de 3 504 € à 4 008 €)
Mais le projet de loi est clair : ce sont des « mesures correctives ciblées, pas une compensation intégrale ». Elles sont conçues pour atténuer des situations spécifiques, pas pour restaurer l'avantage complet de l'ancien système.
L'essentiel à retenir
La réforme fiscale de 2028 marque un changement de philosophie clair.
La fiscalité n'est plus conçue pour soutenir structurellement le modèle du couple à revenu unique. Elle est désormais conçue pour réduire la pénalité sur le deuxième revenu : pour faciliter, et non freiner, le travail des deux partenaires.
Le gouvernement a documenté le compromis, quantifié les effets et identifié précisément qui gagne et qui perd. Ce n'est pas un accident. C'est l'un des choix politiques les plus délibérés de cette réforme.
Que vous y voyiez un progrès ou une perte dépend de votre situation familiale, et de vos valeurs. Mais dans tous les cas, il est utile de comprendre ce qui motive réellement ce changement.